Dix habitudes en BASE pour vous aider à rester en vie et profiter de ce sport pendant des années…
Texte original par Skydivemag et traduction et adaptation par Roch Malnuit.

Le BASE est risqué. Certains comportements permettent d’en réduire les dangers. Ce qui suit s’appuie sur des expériences concrètes en gestion des risques et en BASE — des habitudes essentielles qui maximisent les chances de traverser une longue carrière sans accident.

- Soyez lucide sur vous-même
Le plus grand danger dans le BASE n’est pas le vide sous vos pieds : c’est la capacité à surestimer votre niveau de compétence. Le sport est particulièrement trompeur à cet égard. En haltérophilie ou en escalade, difficile de se mentir. En BASE, on peut s’en sortir longtemps par chance — jusqu’à ce que les probabilités rattrapent leur retard.
Trouver un mentor compétent est une évidence, mais l’autoévaluation est tout aussi cruciale. Une habitude efficace : s’évaluer à la troisième personne, comme si vous donniez des conseils à quelqu’un d’autre, et noter ces observations dans votre carnet de sauts. Cela force les vraies questions — de quoi ce sauteur a-t-il besoin pour progresser ? A-t-il l’expérience nécessaire pour s’attaquer à cet objectif ? Les réponses ne sont pas toujours agréables. Mais elles sont proches de la vérité.

- Appliquez systématiquement les retours
Vous pouvez suivre le meilleur cours du monde — si vous n’appliquez pas ce que vous avez appris, vous n’en retirerez rien. Notez chaque conseil, planifiez une façon de le travailler concrètement, définissez des critères de réussite mesurables.
Exemple personnel : mes gainers au départ étaient corrects, mais pas solides. Remarque faite. Je suis allé dans une salle de sport avec un objectif unique : 100 gainers parfaits avant d’en refaire un en BASE. Ça a tout changé.
- Trouvez le bon niveau de confiance
La confiance en BASE est un équilibre fragile. Les vidéos d’exploits peuvent inspirer, mais elles génèrent aussi du FOMO ou un sentiment d’insuffisance. En manque de confiance, le réflexe peut être de tenter quelque chose pour « se prouver » — situation dangereuse par excellence.
À l’inverse, après quelques jours de wingsuit sur des exit points techniques, l’effet contraire peut survenir : on se sent invincible. Peu importe ce qui arrive, je gère. C’est souvent là que l’on paie le prix.
Le juste milieu se situe entre la peur paralysante et l’arrogance. Si vous ne savez pas encore où il se trouve, cherchez-le dans un environnement moins exposé — comme le parachutisme — jusqu’à pouvoir le sentir intuitivement.

- Laissez la caméra à la maison
La vidéo peut être un outil de débriefing utile. Elle reste, la plupart du temps, superflue. Vous ne vous filmez pas en train de conduire, de cuisiner ou de méditer — pourquoi le faire en sautant ? Avoir confiance en soi sans chercher la validation des réseaux sociaux est bien plus solide comme fondation.
Investissez plutôt dans votre carnet de sauts. Consignez-y vos observations et celles des autres. Construisez votre stratégie de progression. Rédigez votre plan de saut pour pouvoir le relire là-haut, quand l’adrénaline monte. Les méthodes simples et éprouvées sont souvent les plus efficaces.
- Souvenez-vous que le BASE est différent
Les pilotes de wingsuit expérimentés qui passent du parachutisme au BASE sont souvent surpris. Des éléments secondaires en parachutisme deviennent soudainement critiques. Quelques questions à se poser honnêtement :
- Maîtrisé-je le vol « vers la cible » avec un angle d’attaque adéquat, pour qu’un petit ajustement génère une séparation immédiate avec le relief ?
- Puis-je ouvrir mon parachute de façon régulière depuis un vol quasi complet, en restant parfaitement symétrique ?
- De quelle altitude ai-je besoin pour atteindre ma finesse de plané maximale ?
- Comprends-je comment ma combinaison dérive en virage ?
Surtout en wingsuit, il vaut mieux considérer le parachutisme et le BASE comme deux activités entièrement distinctes — et maîtriser la première avant de simplement envisager la seconde.

- Parachutisme et soufflerie
Ne pas faire de parachutisme avant de pratiquer le BASE est insensé — tout le monde le sait. Ces centaines de sauts répétitifs pour maîtriser la voile vous sauveront la vie : réglages des freins (y compris le DBS), contrôle aux élévateurs, récupération de torsades, atterrissages précis. Tout cela est absolument nécessaire.
Ce que tout le monde sait aussi — mais que tout le monde ne fait pas — c’est que continuer le parachutisme tout au long de sa carrière en BASE est tout aussi essentiel : pour garder la main, tester du matériel quand le BASE n’est pas possible, maintenir les réflexes.
Ajoutez à cela la soufflerie. Ce n’est pas au goût de tous, et elle ne vous apprendra pas le tracking — mais pour comprendre rapidement les performances aérodynamiques de votre corps, rien ne la remplace.
- Devenez un expert de votre matériel
Achetez votre matériel tôt. Achetez-le neuf. Puis apprenez à le maîtriser vraiment. Vous entraînez-vous à plier votre parachute dans différentes configurations, juste pour le plaisir ? Avez-vous déjà passé un week-end pluvieux à enchaîner les pliages pour gagner en vitesse et en précision ? Avez-vous un avis sur la différence entre une drisse de 8 pieds et une de 10 ? Connaissez-vous toutes les fonctionnalités de votre FlyerSight ?
La peur de l’équipement existe. Elle disparaît par la familiarisation — pas autrement.

- Comprendre le rapport entre risque, temps et argent
Les montagnes ne sont ni justes ni injustes, elles sont simplement dangereuses.
— Reinhold Messner
On pourrait dire la même chose du BASE. Ce n’est ni bon ni mauvais : c’est simplement risqué. Le risque reste gérable si vous investissez du temps et de l’argent dans une progression graduelle et cohérente.
À un moment, c’est difficile à maintenir. Les priorités changent. Le temps et l’argent s’amenuisent. Quand ce moment arrive, acceptez qu’il existe des objectifs que vous ne réaliserez peut-être jamais, et que votre carrière en BASE aura, sinon une fin, au moins des limites. C’est une bonne chose.

- Restez à jour et préparez chaque saut
Beaucoup de gens sautent de façon intermittente à cause d’obligations diverses. Cela augmente les risques — parfois au point de les rendre difficilement justifiables.
D’autres concentrent leurs sauts sur de courtes périodes intenses. Ça donne un sentiment de « courant », mais cela peut aussi nuire à l’attention portée aux détails.
Un exemple concret : il y a quelques jours, j’ai visionné la vidéo d’un wall strike à La Mousse. Le sauteur avait enchaîné plus de 20 sauts dans les jours précédents. Plusieurs choses ont mal tourné lors de ce saut en particulier — mais la première qu’il cite, c’est d’avoir oublié qu’il avait plié son parachute avec des freins profonds, anticipant une sortie différente. Les plans ont changé. Il n’a pas su s’adapter.
La façon la plus sûre de pratiquer le BASE est de ne pas en faire du tout. La meilleure alternative est d’en faire vraiment : être régulier, s’entraîner, sauter fréquemment, et accorder à chaque saut l’attention qu’il mérite. Quand vous ne pouvez plus faire cela, il est peut-être temps de vous tourner vers autre chose.

- Gardez une perspective
Quelle est la chose la plus incroyable que vous ferez jamais ? Peut-être un saut pour la télévision depuis Trollveggen, un vol en proxy depuis l’Eiger, ou quelque chose encore plus radical que tout ce qu’on imagine.
Mais pour un nombre croissant de gens dans la communauté BASE, cette chose incroyable sera autre chose. Lancer une entreprise. Créer de l’art, écrire un livre. Construire une relation forte ou élever des enfants formidables. Avoir un impact réel sur le monde qui vous entoure.
L’enjeu, c’est donc de rester en vie assez longtemps pour réaliser tout cela. La façon la plus enrichissante de pratiquer le BASE — du moins pour moi — n’est pas comme un test de soi ou une échappatoire, mais comme une source d’inspiration pour les autres projets qui donnent du sens à ma vie. Peut-être que c’est la même chose pour vous.

© Photos Luanne Horting
